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Femmes et droit en Côte d'Ivoire : 9 idées reçues à déconstruire





En matière de droits des femmes, de nombreuses idées reçues circulent encore, freinant l'accès à la justice et la pleine jouissance des droits garantis par la loi. Certaines de ces croyances sont issues de coutumes, d’une mauvaise interprétation des textes ou simplement d’un manque d’information. Décryptons ensemble 10 fausses idées courantes.

1. "Une femme mariée ne peut pas travailler sans l'accord de son mari."

❌ Faux !

✅ Une femme a  le droit de travailler sans avoir à demander la permission à son époux conformément aux disposition de l'article 57 de la loi sur le mariage qui dispose: « Chacun des époux a le droit d'exercer la profession de son choix (...) »

2. "Le harcèlement sexuel n'est pas vraiment puni par la loi."

❌ Faux !

✅ Le harcèlement sexuel est une infraction pénale. Selon l'article 418 du Code pénal, il est puni d'une peine d'emprisonnement d'un à trois ans et d'une amende de 360.000 F à 1.000.000 F. Il s'applique aux relations de travail, d’autorité et même en ligne.

3. "En cas de divorce, la garde des enfants revient automatiquement à la mère."

❌ Faux !

✅ En cas de divorce, le juge décide de l’attribution de la garde en fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant, et non du sexe du parent. Un père peut donc obtenir la garde s'il est en mesure de mieux assurer le bien-être de l'enfant (Article 46  de la loi relative au divorce et à la séparation de corps).

4. "Une femme ne peut pas hériter si elle a des frères."

❌ Faux !

✅ La loi ivoirienne reconnaît aux femmes le droit d’hériter au même titre que les hommes. Cependant, certaines coutumes tentent encore d’exclure les filles de la succession. En cas de litige, la justice peut trancher en faveur du respect des droits successoraux des femmes (Article 11 de la loi relative à la successions).

5. "Un mari peut librement gérer tous les biens du couple."

❌ Faux !

✅ La gestion des biens du ménage est une responsabilité conjointe et les décisions financières importantes doivent être prises par les deux époux (Article 51 de la loi relative au mariage).

6. "Les violences conjugales relèvent de la vie privée, la justice n'intervient pas."

❌ Faux !

✅ Les violences conjugales constituent une infraction pénale et non une affaire privée. La loi permet aux victimes de porter plainte et d'obtenir des mesures de protection. Cependant, la mise en application reste un défi à cause des pressions familiales (loi n°2021-894 du 21 décembre 2021 relative aux mesures de protection des victimes de violences domestiques, de viol et de violences sexuelles autres que domestiques).

7. "Une femme célibataire ne peut pas adopter un enfant."

❌ Faux !

✅ En Côte d'Ivoire, l’adoption n'est pas réservée aux couples mariés. Une femme célibataire peut adopter un enfant, sous réserve de remplir les conditions légales et de prouver sa capacité à assurer son bien-être (Article 7 et 8 de la loi relative au nom).

8. "Une femme ne peut pas refuser d’avoir des rapports sexuels avec son mari."

❌ Faux et dangereux !

✅ Le viol conjugal, bien qu’encore tabou, est une réalité et constitue une forme de violence. Le consentement est essentiel dans toute relation, même au sein du mariage (Article 403 du Code Pénal). 

9. "Les quotas de femmes en politique sont une faveur et non un droit."

❌ Faux !

✅ Le quotas de représentation féminine qui est de 30% est une mesure d’égalité et non un privilège. Ils visent à corriger les déséquilibres historiques en matière de gouvernance et de prise de décision. C'est une obligation légale pour garantir une meilleure représentativité des femmes en politique (Article n°2019-870 sur la représentativité des femmes dans les assemblées élues).

Ces idées reçues montrent que, malgré les progrès législatifs, des efforts restent à faire pour informer et sensibiliser sur les droits des femmes. L’accès à la justice et à l’information est essentiel pour permettre aux femmes de revendiquer leurs droits et de lutter contre les discriminations.

 


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